Audition de M. Didier Leschi par la commission d'enquête relative à l'influence sur les mineurs des mouvements à caractère sectaire - 17 Oct 2006

Extraits significatifs

En rouge les parties concernant directement les Témoins de Jéhovah

M. Didier Leschi, chef du bureau central des cultes, Ministère de l'intérieur

Je crois qu'il me semble important pour apprécier cette question de vous indiquer dans quel cadre normatif, se situe ma pratique administrative que votre commission souhaite interroger, pratique qui intervient dans le domaine de la protection de la liberté de conscience et de son articulation avec la protection des mineurs.

Comme vous le savez, la règle en matière cultuelle dans notre régime juridique est celle de la liberté du culte. Son fondement est dans la loi de 1905, qui affirme dans son article premier, que la République assure la liberté de conscience sous les seules restrictions édictées dans l’intérêt de l'ordre public.

La deuxième grande notion de ce régime est le fait que l'activité cultuelle est publique. C'est la notion du libre exercice public du culte ; c'est à dire le fait que si la loi de 1905 a privatisé le fonctionnement des cultes, en mettant fin au système des cultes reconnus, elle a aussi précisé que  les fidèles ont le droit de pratiquer leur culte de manière publique et non dans la seule sphère privée, comme le précisent notamment les titres 3 et 5 de la loi de 1905. C'est ainsi que pour bénéficier des avantages fiscaux, les bâtiments cultuels doivent être des lieux de culte ouverts au public.

[...]

Il faut y ajouter la Convention européenne des droits de l'homme qui indique que l'Etat respectera le droit des parents d'assurer cette éducation et cet enseignement conformément à leurs convictions religieuses ou philosophiques. Le cas échéant, le non respect de ces obligations pourrait constituer une atteinte aux personnes, susceptible de sanctions et un trouble à l'ordre public si ce non respect est systématisé dans un cadre associatif.

[...]

Il est aussi de rappeler, que cette liberté de conscience implique le droit pour les parents d'éduquer leurs enfants en fonction des valeurs qui sont les leurs. Dans ce cadre des demandes de courants qui se veulent cultuels et qui concernent des enfants, la question posée au Bureau central des cultes est de savoir s'ils respectent les obligations inscrites par la loi en matière d'éducation ou de santé, ou si l'activité associative cultuelle est bien conforme au droit, et de signaler toute dérive pour que soient réprimés les troubles à l'ordre public que les fidèles de toute confession pourraient occasionner.

[...]

Mais dans ce domaine, il faut s'en tenir aux faits, et en particulier aux atteintes à la personne et non à la manifestation de la conscience ou de la foi.

[...]

Au bureau central des cultes, nous pensons qu'il faut aborder les problématiques d'ordre public avec la plus grande rigueur et privilégier les faits plutôt que la rumeur ou la parole douloureuse d'anciens fidèles en rupture, dès lors que sont mis en cause des personnes et leur dignité.

Tous les courants cultuels sont susceptibles de connaître des dérives sectaires. Seuls l'examen des faits légitiment la notion de vigilance, sans quoi on risque fort de s'écarter de l'impartialité laïque au profit d'un clivage entre religions reconnues / religions stigmatisées.

Le juge administratif ne cesse de rappeler cela en sanctionnant des collectivités qui licencient des Témoins de Jéhovah, dont la seule faute professionnelle est l'appartenance à ce mouvement.

[...]

C'est autour de l'appréciation du trouble à l'ordre public, que constitue le refus de transfusion sanguine, que se focalise désormais l'accusation de dérive sectaire à l’encontre des Témoins de Jéhovah.

Il n'appartient pas à l'administration de porter un jugement sur les croyances ou sur la conscience des personnes, à moins de renvoyer à un autre temps ou à un autre régime politique.

L'église catholique peut condamner l'IVG, prévu par la loi, mais elle ne troublerait l'ordre public que, si, par ses manifestations, elle empêchait l'accès des femmes au service hospitalier.

 Je rappelle que le Conseil d'Etat, dans une décision du 16 août 2002, a estimé que le refus de recevoir une transfusion sanguine constitue l'exercice d'une liberté fondamentale et que la loi Kouchner de mars 2002 a renforcé.

[...]

    Le représentant du ministère de la santé au sein des instances de la MIVILUDES, nous a indiqué à l'époque que ce recensement était impossible ; car de peur des procédures, les responsables hospitaliers hésiteraient à dénoncer les troubles à l'ordre public. Cette explication me semble légère, surtout si l'on considère que la vie de milliers d'enfants est en jeu. On a parfois cité le chiffre de 45 000 enfants de Témoins de Jéhovah en danger : les fonctionnaires hospitaliers sont en effet protégés par leur statut et ont l'obligation, dans l'article 40 du code de procédure pénale, de signaler les faits délictueux au Procureur de la République.

    En vue de cette audition, il m'a semblé nécessaire de demander aux préfectures de départements, de faire le recensement, sur les trois dernières années, des incidents liés à la transfusion. Au vu des résultats obtenus, ce qui remonte, c'est un petit nombre d'incidents, souvent réglés par la discussion : jamais d'incident qui mette en cause des enfants, où le pronostic vital, où le fonctionnement du service public hospitalier ne m'a été signalé sur ces trois dernières années.

[...]

    J’ajoute que si l’on se pose la question des hôpitaux, c’est bien parce que les Témoins de Jéhovah se rendent en milieu hospitalier et n’hésitent pas à utiliser les structures publiques, de la même manière qu’ils scolarisent leurs enfants dans des écoles publiques, on est donc loin d’une volonté de se couper du monde.

    L’évolution de la pratique administrative vis à vis des témoins de Jéhovah. Tous ces éléments attestent de l’absence de troubles à l’ordre public et justifient notre pratique administrative vis à vis des témoins de Jéhovah. Mais j’aimerais rappeler que, contrairement à ce qui se dit régulièrement sur l’action du Ministère de l’intérieur vis à vis des témoins de Jéhovah, la pratique administrative n’a pas toujours été des plus libérales, elle s’est lentement modifiée sous l’effet de la jurisprudence.

[...]

    C’est en janvier 1993 que le Conseil d’Etat a jugé que les salles du royaume  des témoins de Jéhovah étaient des lieux de culte et qu’à ce titre, elles devaient être exonérées de la taxe foncière. Et le libre exercice du culte suppose naturellement la liberté d’ouvrir des lieux de culte, c’est l’objet de la circulaire du Bureau central des cultes du 14 février 2005 qui demandait aux Préfets de rappeler ce droit fondamental aux maires, compte tenu des pratiques abusives du droit de préemption et de refus de permis de construire qui tendaient à se multiplier.

    Cependant, ce n’est qu’à partir de deux autres décisions du Conseil d’Etat en 2000, sept ans après, que nous nous sommes mis en conformité avec la jurisprudence en accordant systématiquement le bénéfice des dispositions prévues pour les associations cultuelles aux associations des témoins de Jéhovah et en abandonnant l’argument selon lequel la doctrine même des témoins de Jéhovah était constitutive de troubles à l’ordre public, confortés par la jurisprudence antérieure du Conseil d’Etat.

[...]

    cette volonté de transparence de la part de mouvements qui se sentent injustement stigmatisés se retrouve aussi chez les témoins de Jéhovah qui se sont toujours dits favorables à une étude sur les jeunes de leur mouvement dès lors qu’elle serait confiée à des universitaires reconnus

[...]

    lorsqu’on est imprécis dans les faits évoqués et que l’on s'en remet aux seuls témoignages de personnes qui ont quitté les groupes, on ne peut pas élaborer une appréciation juste des faits en cause et réaliser une administration rigoureuse de la preuve, particulièrement nécessaire dans une enquête qui, dépourvue des garanties propres à la procédure judiciaire, peut néanmoins mettre en cause l'honneur des personnes.

[...]

    nous voyons augmenter les agressions contre les Témoins de Jéhovah. Autrement dit, je crains fort que cette stigmatisation, ce type de dénonciation ne constitue à terme des troubles à l'ordre public ou pour le moins, des manifestations d'intolérance à l'égard de l'une des libertés les plus fondamentales de tout homme et de tout citoyen, la liberté de conscience.

M. George Fenech, Président de la commission

[...]

    Je crois qu'aujourd'hui, après vous avoir entendu, nous pouvons dire ici, vous allez nous le confirmer, que les Témoins de Jéhovah sont la cinquième religion de France.

    Vous avez, et j'ai besoin d'explications pour qu'on aille jusqu'au bout de cette information qui me paraît aujourd'hui véritablement, « historique », puisque c'est la naissance des Témoins de Jéhovah  en tant que religion à part entière, vous avez passé en revue tout ce qui pouvait constituer un trouble à l'ordre public et qui ne le constitue plus au regard du Ministère de l'Intérieur, et qui donc peut donner parfaitement le statut d'association cultuelle.

[...]

    Alors, moi j'ai besoin, et je pense que mes collègues ici présents ont besoin d'avoir cette confirmation, ou alors c'est une interprétation erronée de ma part, vous considérez donc au Ministère de l'intérieur, que les Témoins de Jéhovah sont juridiquement aujourd'hui à même de bénéficier du statut d'association cultuelle à part entière, et il faudra que vous nous disiez pourquoi l'administration fiscale réclame 50 millions d'euros, je crois, à peu près, de redressement fiscal, puisque les dons manuels dont ils ont eu le bénéfice sont quand même tombés sous la coupe fiscale. Pourquoi cette contradiction ? Et je vous demande, mais alors très clairement car je crois que le moment est très important, si effectivement vous êtes en train de nous dire qu'aujourd'hui l'administration n'a aucun grief à faire aux Témoins de Jéhovah, pour leur refuser le statut d'association cultuelle, au même titre que n'importe quelle religion.

M. Didier Leschi, chef du bureau central des cultes, Ministère de l'intérieur

    Monsieur le Président, d'abord il faut être très clair et très précis dans les termes. Je sais qu'on fait parfois, on a fait cet été, au Ministère, une fausse polémique au Ministre de l'Intérieur à propos des Témoins de Jéhovah. Ce n'est pas le Ministre de l’Intérieur ou le Ministère de l'intérieur qui reconnaît les Témoins de Jéhovah, comme ça … c'est l'application des décisions, des arrêts du Conseil d'Etat. Et comme je vous l'ai indiqué dans mes propos préliminaires, nous avons mis 7 ans avant de nous mettre en conformité avec la jurisprudence du Conseil d'Etat. Donc je vous le redis, dans cette affaire, nous n'avons pas fait preuve d'un très grand libéralisme ; nous sommes, comme tout fonctionnaire, soumis au contrôle du juge dans nos actes administratifs et en l'occurrence, le juge administratif est très clair, les Témoins de Jéhovah ont le droit de bénéficier des avantages des associations cultuelles.

[...]

    Enfin en ce qui concerne le redressement fiscal des Témoins de Jéhovah qui est un redressement technique opéré dans la période 1996-1997 sur la base d'un texte qui a été modifié à la fin des années 1980 en ce qui concerne la taxation des dons manuels, l'administration fiscale a, sur la base d'une assiette qui était de 18 millions, opéré les redressements qui étaient juridiquement inscrits dans le code général des impôts.

    Cela dit, les dites associations aujourd'hui sont tout à fait en conformité avec le droit fiscal, puisqu'elles ont le bénéfice du droit des associations cultuelles.

    Certes, il y a un contentieux fiscal passé entre l'administration fiscal, entre l'Etat et les Témoins de Jéhovah, il n'y a pas de contentieux présent sur ces dons manuels.

    Cela dit, ce qui a compliqué la discussion en ce qui concerne les Témoins de Jéhovah et les dons manuels … c'est que la loi … le cadre juridique en ce qui concerne le droit des cultes, ne suppose pas l'existence d'une association pour exercer une activité cultuelle, c'est la loi 1907 dans son article 4 qui prévoit qu'on peut avoir une activité cultuelle sans association, avec une association loi 1901, avec une association loi 1905.

    Aujourd'hui par exemple, 90% des associations qui gèrent des lieux de culte musulmans, ne sont pas des associations loi 1905 mais des associations 1901, et indéniablement, elles reçoivent des dons manuels, et je pense qu'il faut mesurer avec une extrême attention, une application peut-être par trop systématique d'une législation qui serait à terme, vécue par les fidèles musulmans, comme ponctionnant leur dons, pour la construction par exemple de lieux de culte, alors qu'elles sont en association loi 1901.

[...]

    Et quand j’ai demandé à la Miviludes d’essayer de constituer ces éléments de preuves de troubles à l’ordre public, par exemple en interrogeant les ARH, les directeurs d’hôpitaux pour savoir si, par exemple dans le cas d’un refus de transfusion sanguine, il y aurait une entrave au service du fonctionnement public hospitalier. Je n’en ai pas, donc je ne vais pas inventer un trouble à l’ordre public, qui plus est, qui serait durement sanctionné par le juge, je sais que vous y serez sensible, alors que l’on n’a pas apporté un dossier étayé.


M. George Fenech, Président de la commission

[...]

    vous avez fait un exposé d’une extrême importance ce que je considère vraiment comme une première, je ne pense pas avoir entendu un discours aussi net et clair sur la question des Témoins de Jéhovah

[...]

    vous avez parlé beaucoup de la maltraitance et que faites-vous de la maltraitance psychologique des enfants ?

    Nous avons ici entendu des jeunes Témoins de Jéhovah, des jeunes majeurs qui nous ont raconté leur parcours d’enfermement psychologique. Vous savez comme nous quel est le traitement social du mineur au sein des Témoins de Jéhovah qui ne peut pas participer à un certain nombre de manifestations laïques, qui vit entre la Salle du Royaume et sa famille et qui d’un certain point de vue qui nous a été exposé ici, ne correspond pas aux normes internationales notamment celle de la convention de New York sur le droit de l’enfant, qui exige que l’enfant soit élevé et éduqué pour atteindre un esprit critique, pour en faire un citoyen libre.

    Est-ce que cela fait partie de la problématique qui puisse constituer un trouble à l’ordre public aux yeux de votre administration ?

M. Didier Leschi, chef du bureau central des cultes, Ministère de l'intérieur

    Ecoutez, vous savez bien que ce sont des questions qui sont extrêmement difficiles et délicates, cela dit, moi, je suis tout à fait preneur d’un dossier étayé par exemple, il y a un défenseur des enfants, il n’a jamais saisi l’administration du Ministère de l’intérieur pour … en indiquant qu’il y avait manifestement quelque chose qui était un trouble à l’ordre public.

[...]

    Il fût un temps où l’on expliquait, on pouvait expliquer que quelqu’un qui adhérait à un mouvement communiste était … dépouillé de sa personnalité et quand il en sortait, il avait le sentiment d’une extrême douleur puisque ces anciens camarades refusaient de lui parler.

[...]

    Aucune procédure judiciaire, aucun fait, aucune condamnation, ne nous a été présenté, mais si elle nous est présenté eh bien on en tiendra compte


[...]

M. Philippe Vuilque, raporteur de la commission

[...]

    D’accord, alors imaginons que le Ministère de l’Intérieur ait une attitude différente, il dit au préfet « refusez » alors les Témoins de Jéhovah vont aller devant le tribunal administratif

M. Didier Leschi

    Ce qu’on a fait pendant 7 ans, et on a perdu

M. Philippe Vuilque

    Voila ! et ensuite ils vont aller au Conseil d’Etat ! et qu’est-ce qui vous empêche, le Ministère public, d’invoquer la Convention internationale des droits de l’enfant ? Qu’est ce qui vous empêche ? Pour que le Conseil d’Etat prenne enfin en compte la Convention internationale des droits de l’enfant ? 

M. Didier Leschi

[...]

    si des Conseils Généraux, si les associations spécialisées, si les autorités administratives qui ont été mises en place pour protéger les enfants, constituent un dossier suffisamment étayé qu’ils peuvent transmettre au Ministère de l’Intérieur en lui disant voilà, sur la base de l’ensemble de ces faits avérés, de ces dossiers, nous avons un mouvement dont la philosophie fait que, systématiquement, les enfants sont élevés en contradiction avec les Conventions internationales signées par la France, mais nous examinerons le dossier.

    Pour l’instant je ne l’ai pas vu, je ne vais pas l’inventer hein !

Mme. Martine David, Vice-présidente de la commission

    Oui, je vais pas, enfin je vais un peu participer à la curée

[...]

    Alors moi, Mr Leschi, je voudrais vous demander vous avez parlé de la MIVILUDES, vous avez indiqué que vous travaillez avec la MIVILUDES vous êtes, je crois, dans le comité de pilotage, en tout cas vous avez assez régulièrement travaillé avec eux. Je comprends mal que vous donniez le sentiment d’être totalement imperméable aux témoignages qui ont pu être livrés à la MIVILUDES à plusieurs reprises par des adeptes sortis des différents mouvements Témoins de Jéhovah ou d’autres. Je vois pas qu’ici des anciens adeptes que l’on a reçus n’aient pas livré de témoignages dans d’autres instances et notamment la MIVILUDES.

[...]

    nous disposons déjà depuis de nombreuses années de témoignages avérés, que bien entendu, il faut prendre avec précaution comme tout témoignage mais ça c’est le cas devant la justice à n’importe quel moment, enfin quand même, quand ici sous le sceau du serment, des anciens adeptes obligés d’ailleurs, parce que en général ils sont placés aux témoins de Jéhovah depuis leur plus tendre enfance, et ils sont maintenus par leurs parents et sont donc obligés de se soustraire en fait à la société.

[...]

    mais on peut quand même pas laisser penser, laisser dire que ces anciens adeptes ont tout inventé, que ça sort de leur imaginaire, et qu’il n’y a rien de possible. Je reviens aussi sur le positionnement du juge administratif. Vous dites on ne peut pas faire autrement que de ce soumettre évidemment à ces jugements répétés, sauf que je me pose un petit peu la question quand même, ces jugements, ils sont alimentés par quoi et par qui. Parce que si jamais ne remonte des départements, des préfectures, des cellules de coordination de lutte contre les sectes, si jamais ne remontent ou ne sont transmis des éléments qui sont de nature à apporter au moins un équilibre dans le jugement, au moins des vrais faits qui pourraient laisser penser au juge que, y compris ce qu’on pense n’est pas non plus sorti de notre imagination, peut-être que l’on avancerait d’une façon un peu plus équilibrée dans ce dossier et qu’en tout cas, le droit des enfants soit véritablement respecté.

[...]

M. Didier Leschi

    Oui Madame la député. Moi j’applique un cadre juridique et je ne suis pas en charge des décisions de justice. La question n’est pas celle là, la question ce n’est pas de savoir si le Bureau central des cultes reconnaît ou pas les Témoins de Jéhovah, je vous dis que tout ça était tranché par la jurisprudence administrative, la deuxième chose que j’aimerais vous dire c’est que si votre commission étaye un dossier à charge avec des éléments précis, systématiques, des preuves qui en plus pourront être transmis aux juges pour éventuellement des poursuites puisque il y aura maltraitance à enfant, eh bien il y a aura là peut être un début de dossier, pour l’instant on n’a jamais avancé de choses précises ces dernières années, vous parlez des commissions locales, bien évidemment les rapports remontent, à chaque fois tout ça remonte, je constate l’imprécision, voilà ; maintenant s'il y a des adeptes ou des anciens adeptes qui, à un moment donné, considèrent qu’ils ont été spoliés dans leurs droits soit quand ils étaient mineurs, soit quand ils étaient majeurs et qui engagent des procédures, eh bien il y aura des condamnations et à ce moment là, on en tiendra compte.

[...]

    Si vous voulez, je crois qu’il est difficile pour le Ministère de l’Intérieur en tant que ministère de se substituer aux personnes pour faire des dossiers qui incriminent d’autres personnes. Ce n’est pas sa fonction je vous le rappelle. Par ailleurs il y a des institutions qui sont faites pour ça. Si le défenseur des enfants qui existe, qui a été mis en place, par exemple, m’envoie un dossier en disant, voilà j’ai 50 cas à travers la France, j’ai 50 cas à travers la France d’enfants témoins de Jéhovah qui manifestement ont été maltraités dans leur jeunesse et qu’il l’envoie et que le dossier est étayé. Eh bien on en tiendra compte

[...]

M. Alain Gest

[...]

    Si des tas de groupes, de commissions d’enquête, de missions, se sont réunis depuis bientôt 25 ans maintenant et ont eu des difficultés à caractériser les choses, c’est pas tout à fait un hasard et c’est la raison pour laquelle ça mérite, de mon point de vue, d’avoir un regard particulier.

M. Didier Leschi

[...]

    sur les Témoins de Jéhovah, il y avait une mise en cause quasi-systématique et parfois dans des termes extrêmement violents de la part de certains de vos collègues, de l’action de mon bureau et de la mienne en particulier

[...]

    La deuxième chose que je voulais dire, c’est que nous avons agi avec une très grande prudence puisque, je vous l’ai dit, en ce qui concerne les Témoins de Jéhovah, c’est plus de 10 ans de procédure, 10 ans de procédure, et que tout ça a d’abord commencé par des refus quasi-systématiques, quasi-systématiques, et c’est le juge administratif, c’est le Conseil d’Etat, qui a obligé l’administration et le Ministère de l’Intérieur à changer sa pratique administrative.

[...]

    Donc, pendant 10 ans, nous avons motivé le refus du bénéfice des articles 200 et 238 pour les associations Témoins de Jéhovah en expliquant qu’elles constituaient un trouble à l’ordre public Plusieurs fois, le Conseil d’Etat nous a dit : « Non, appréciation erronée de l’autorité préfectorale. » Ça s’appelle une jurisprudence, alors, ou sinon je ne sais pas de quoi on parle.

[...]

    D’autant que, je vous le rappelle, le régime juridique de la loi de 1905 est un régime qui indique très clairement, très clairement, qu’on peut faire du culte, c’est-à-dire s’assembler pour faire du culte sans association, avec une association 1901 ou  avec une association 1905.

M. George Fenech, Président de la commission

[...]

    J’ai sous les yeux une décision de la Cour de Cassation Première Chambre Civile du 18 mai 2005, qui vise parmi les articles qui fondent sa décision, non seulement les articles du code civil et du code de procédure civile mais également les articles 3, 1 et 12-2 de la Convention de New York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l’enfant. C'est-à-dire que la Cour de Cassation intègre dans notre droit interne la Convention de New York. Ai-je besoin de vous rappeler les articles 12 et 13 que vous connaissez aussi bien que moi sur les droits de l’enfant ? … citoyen libre, capacité de jugement, éveil … etc. Est-ce que cela, puisque vous demandiez des faits tout à l’heure, est-ce que cette décision qui intègre la Convention des droits de l’enfant n’entre pas en ligne de compte dans votre appréciation pour accorder ici ou là des petites reconnaissances ?

M. Didier Leschi

    C'est une décision qui fait référence aux Témoins de Jéhovah ? c’est ça ?...

M. George Fenech

    Absolument pas

M. Didier Leschi

[...]

    si on m’apporte des décisions de justice qui démontrent que les Témoins de Jéhovah sont un mouvement qui éduquent de manière systématique leurs enfants … dans quelque chose qui est l’inverse des textes internationaux qu’a signés la France et bien, bien évidement … vous avez là un dossier qui peut constituer un trouble à l’ordre public, il y aura une atteinte aux droits des personnes …

[...]

    pour l’instant, je constate qu’il y a systématiquement imprécision des faits … impossibilité d’avancer des décisions de justice et que je ne suis pas en droit de me substituer à cette absence de preuves.

[...]

M. Philippe Vuilque

    Oui Monsieur Leschi, je voudrais rapporter … rappeler, pardon, puisque l’on parle beaucoup des Témoins de Jéhovah que les Témoins de Jéhovah c’est pas notre problème

[...]

    Et puis cette affaire d’associations cultuelles, parce que pour ceux qui nous écoutent … ils sont en train de se dire, mais qu’est ce que c’est cette histoire d’association cultuelle ?  A la limite pour dire mais ce n’est pas méchant cette histoire d’affaire cultuelle … mais on connaît l’agissement des organisations sectaires, parce que « association cultuelle » c’est uniquement une reconnaissance fiscale, des avantages fiscaux … or comment s’en servent les organisations sectaires, c’est là notre problème, c’est là le fond du problème.

[...]


M. Didier Leschi

    Ecoutez Monsieur le Député, il y a deux choses … parmi tous les mouvements dont les noms ont été cités, le seul qui bénéficie des articles 200 et 238 et des autres articles … enfin … des articles 200 et 238, en l’occurrence pas des exonérations de la taxe foncière, ce sont les Témoins de Jéhovah. Il n’y en a pas d’autres on est bien d’accord donc la discussion en ce qui concerne l’association cultuelle, en réalité, se limite aux Témoins de Jéhovah.


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