Commentaires de Raymond FRANZ
Traduction françaiseParler ici de "contradiction" semble être un exemple typique de faible argumentation connue sous le nom de "Sophisme d'accentuation". Le livre Attaquer les faux raisonnements de T. Edward Damer du Collège Emory & Henry, décrit ainsi en quoi consiste ce sophisme :
Le premier extrait mentionné reprend ce que j'ai écrit concernant le Collège Central quant à "sa résistance à toute correction scripturale aussi bien dans ses croyances doctrinales que dans sa façon de traiter ceux qui s’adressaient à elle pour obtenir des directives." Il est dit que ceci est contredit par un passage ultérieur qui mentionne "la nature fluctuante des enseignements de l’organisation".
- "mettre l'accent d'une façon impropre ou inhabituelle sur un mot, une phrase ou sur un aspect particulier d'une question ou d'une déclaration. Ce qui se traduit parfois en extrayant hors contexte des passages d'une citation, de manière à lui donner un sens que n'avait pas voulu son auteur.
- "accentuer à tort des déclarations et même des paragraphes entiers en les isolant d'un contexte plus large."
La première citation parle de la "résistance à toute correction scripturale". Elle ne dit pas que le Collège Central n'a jamais fait de changements. Le livre mentionne de nombreux cas et il démontre que ceux-ci ont fondamentalement résultés de l'échec évident des interprétations et des déclarations faites dans le passé par l'organisation.
Par exemple, l'enseignement selon lequel 1914 serait "l'ultime limite du gouvernement des hommes imparfaits" et, qu'à cette date, "le Royaume de Dieu serait 'élevé' et fermement établi sur la terre, sur les ruines des présentes institutions." (Livre Le Temps est proche, pages 76, 77, édité par la Watch Tower en 1889).
Que "avec la fin de l'année 1914 de notre ère, ce que Dieu appelle Babylone et que les hommes appellent Chrétienté, aurait disparu, tel que déjà montré dans la prophétie." (Livre Que ton Royaume vienne, page 153, édité par la Watch Tower en 1891).Comme 1914 ne déboucha pas sur les événements prédits, l'organisation se vit forcée de modifier sa doctrine.
La question relative aux enseignements touchant 1914 qui avaient cours lorsque j'étais membre du Collège Central, mena à de longues discussions sur la validité scripturale consistant à lier les paroles de Jésus relatives à "cette génération" (Matthieu 24 : 34) avec la date de 1914. Au cours des années, nombre de définitions différentes furent données quant à la signification du terme "génération". Ces changements eurent lieu parce qu'avec le temps, les définitions précédentes devenaient obsolètes et intenables. Ce fut indéniablement par la force des circonstances - plutôt que par un effet rectificatif basé sur les Ecritures - que de tels enseignements fluctuants se produisirent. En 1979, le Collège Central fut confronté à des preuves scripturales qui montraient qu'il n'existait aucun fondement pour lier les paroles de Jésus avec une date quelconque.
L'enseignement de l'époque était le suivant :
Lorsque le Collège Central se réunit pour débattre de cette question, les preuves scripturales avancées en 1979 se heurtèrent à une forte résistance et c'est avec opiniâtreté qu'on soutint l'interprétation traditionnelle.
- "Notre génération est donc celle qui verra le commencement et la fin de ces choses, y compris Armaguédon." - La Tour de Garde du 1er octobre 1951, page 299.
- "La véritable signification de ces mots est sans contredit celle qui prend le mot "génération" au sens propre, comme dans Marc 8 : 12 et dans les Actes 13 : 36, c'est-à-dire pour désigner ceux qui vivent dans la période en question." - La Tour de Garde du 1er novembre 1951, page 326.
- "Cela signifie qu'à compter de 1914, une génération ne passerait pas que tout soit accompli, et cela, dans un grand temps de trouble." - La Tour de Garde du 1er novembre 1951, page 326.
Cependant, seize ans plus tard, La Tour de Garde du 1er novembre 1995 supprima la définition de "cette génération", qui datait de plusieurs dizaines d'années, et cessa de la lier à 1914. Elle énonça une nouvelle définition. Encore une fois, il semble évident que le changement n'était pas dû à un effet rectificatif des Ecritures - puisque la preuve scripturale existait déjà et avait fermement été repoussée lors des réunions de 1979 - mais c'était plutôt l'écoulement du temps et l'éloignement grandissant de la date de 1914 qui provoqua ce changement majeur de l'interprétation.
Il en est de même pour la ligne de conduite. Dans les années 1978, celle de l'organisation opposée à l'acceptation d'un service alternatif (ou de substitution) à la place du service militaire fut discutée au cours de nombreuses réunions du Collège Central. Ce service alternatif était dépeint comme un "compromis" non chrétien. Cette position provoqua l'emprisonnement de milliers de Témoins de Jéhovah dans de nombreux pays. (Amnesty International rapporta qu'en France, en 1988, "plus de 500 objecteurs de conscience au service militaire, la grande majorité étant constituée de Témoins de Jéhovah, furent emprisonnés au cours de l'année.") En 1978, des preuves bibliques furent avancées, non seulement par moi-même, mais aussi dans des lettres venant de plusieurs responsables de comités de Filiale, comme quoi cette ligne de conduite n'avait aucun fondement scriptural. Ces preuves furent repoussées.
Cependant, vingt ans plus tard, dans La Tour de Garde du 1er mai 1996, on fit marche arrière et il fut admis que l'acceptation d'un service alternatif relevait de la conscience individuelle. Il n'y avait absolument d'autres preuves supplémentaires dans ce périodique que celles qui avaient déjà été présentées (et mises à l'écart) quelque 20 ans plus tôt, lors des réunions du Collège Central.
Qu'est-ce qui incita au changement ? L'évidence révèle que l'organisation faisait face à des difficultés croissantes pour maintenir de bonnes relations avec les gouvernements de différents pays, en Europe et ailleurs.
Le lecteur est invité à s'informer davantage en consultant le livre "Crise de Conscience".
De nouveaux chapitres en français sont consultables sur ce site. Il s'agit des chapitres 5, 10 et 13, ainsi que d'une section de l'Appendice relative au chapitre 5.Visitez également le site de Commentary Press.
Raymond FranzNovembre 2004