« Lorsque nous, les Juifs de Dachau, sommes arrivés dans le bloc, les
autres Juifs ont caché ce qu'ils possédaient pour ne pas avoir à le
partager avec nous. Tu secoues la tête, mais c'est quand même ainsi. À
l'extérieur, on s'entraidait. Mais ici, où c'est une question de vie ou
de mort, chacun veut d'abord se sauver soi-même, et il oublie les
autres. Mais que crois-tu que font les Bibelforscher [Témoins de Jéhovah]? Ils doivent
travailler très dur maintenant, réparer une quelconque canalisation.
Par ce temps froid, ils sont debout dans de l'eau glacée tout au long
du jour. Personne ne comprend comment ils font pour supporter. Ils
disent que Jéhovah leur donne la force. Ils ont absolument besoin de
leur pain, car ils ont faim tout comme nous. Mais que font-ils? Ils
ramassent tout le pain qu'ils ont, en prennent la moitié pour eux-même,
et l'autre moitié, ils la donnent à leurs frères qui ont faim, leurs
frères dans la foi, qui viennent d'arriver de Dachau. Ils leur
souhaitent la bienvenue, les embrassent. Avant de manger, ils prient,
et après, ils sont comme transfigurés, avec des visages heureux. Ils
disent qu'ils n'ont plus faim. Vois-tu, c'est alors que je me dit : ce
sont là les vrais chrétiens, c'est comme çà que je me les suis toujours
représentés. Pourquoi ne pouvons-nous pas être comme eux? Combien cela
aurait été beau si nos frères nous avaient préparé un tel accueil ! »
Edgar Kupfer-Koberwitz, Die Mächtigen und die Hilflosen. Als Häftling in Dachau, Vol. 1, Stuttgart 1957, p. 286. Cité dans : Hans Hesse, Persécution et résistance des Témoins de Jéhovah pendant le régime nazi 1933-1945, Esch-sur-Alzette (Luxembourg) : Éditions
Schortgen, 2005. |