DECISIONS DE JUSTICE

  1. Nord Eclair , jeudi 16 janvier 1997 - Didier SPECQ
  2. La voix du Nord , jeudi 16 janvier 1997 - A. SAIFI


 

Cour d'appel de Douai

Condamnation très symbolique d'une responsable "anti-sectes"


LYDWINE OVIGNEUR, la Présidente de " l'Association de Défense de la famille et de l'Individu " (A.D.F.I.), a été condamnée, hier après-midi, par la cour d'appel de Douai. La présidente bien connue de l'association anti-sectes était poursuivie en diffamation à partir d'une plainte des Témoins de Jéhovah. Cependant cette condamnation est très symbolique et ne concerne que le "civil". Bref une explication s'impose.
 

Tout commence par une émission, sur Radio-Dallas, une petite station émettant dans le pays des Weppes, au sud-est de Lille. Un entretien avec Lydwine Ovigneur s'y déroule, le 16 janvier 96. L'émission porte sur les sectes et la responsable de l'A.D.F.I. ne mâche pas ses mots. Certes, on y parle des sectes en général mais les Témoins de Jéhovah sont explicitement visés. On entend notamment les termes "proxénétes" et "esclavagistes". Ce qui peut constituer des imputations assez précises et graves de délits réprimés par le code pénal.

Les Témoins de Jéhovah, s'estimant diffamés, déposent une plainte. Ils sont défendus, devant les magistrats lillois, par Me Franck Berton. De l'autre côté de la barre, Me Denis Lequai. L'avocat de Mme Ovigneur fait remarquer qu'il s'agit d'un entretien radiophonique où la journaliste mène les débats et coupe éventuellement l'interviewée, d'où des réponses éventuellement approximatives. Me Lequai ajoute qu'il s'agissait seulement d'images fortes et que, de toutes façons, elles ne visaient pas obligatoirement les Témoins de Jéhovah.

Me Berton contre-attaque : " Personne n'a envie de poursuivre Mme Ovigneur, c'est une brave dame, elle ressemble à ma mère ; il n'empêche qu'elle ne peut dire n'importe quoi ".

Le 2 octobre dernier, le jugement de la chambre correctionnelle présidée par Jean-Pierre Champrenault tombe : Mme Ovigneur est innocentée. Le procureur de Lille n'interjette pas appel, ni le procureur général de Douai. Me Berton, qui n'est que " partie civile ", ne peut faire appel du jugement pénal, mais il peut le faire pour réclamer d'éventuels dommages et intérets. Autrement dit sur le " plan civil " les Témoins de Jéhovah et leur défenseur ne se privent pas de cette possibilité.

C'est donc sur cet aspect des choses que la cour d'appel de Douai s'est prononcée hier. L'arrêt de la cour d'appel est net : Mme Ovigneur est condamnée sur le plan civil. En revanche, les magistrats de Douai se sont montrés très circonspects sur le montant des dommages et intérêts : 200 F à chacun des dix dirigeants - américains - des Témoins de Jéhovah qui avaient été visés.

Ajoutons que, désormais, lors de la plupart des débats où parle Mme Ovigneur, un huissier, demandé par les Témoins de Jéhovah, suit la conférence et note les propos susceptibles d'être attaqués devant la justice.

Didier SPECQ
(Nord Eclair, jeudi 16 janvier 1997)

Diffamation

Devant la cour d'appel de Douai

La « mamy anti-sectes » condamnée

« Ça ne doit pas être facile de condamner Mme Ovigneur », avait prédit Me Franck Berton, l'avocat des Témoins de Jéhovah, lors d'un procès en diffamation qui s'est déroulé devant le tribunal correctionnel de Lille le 5 septembre. En effet, puisque le 3 octobre 1996 ce tribunal avait relaxé la « mamy anti-sectes » qui avait tenu des propos un peu rudes, à l'antenne d'une radio de Racquinghem, traitant les dix dirigeants internationaux des Témoins de Jéhovah de « dealers, proxénètes et d'esclavagistes ».

Pour la première fois, les Témoins avaient décidé de réagir et de porter l'affaire devant un tribunal, « lassés d'être constamment trainés dans la boue ».

Cette relaxe a tenu jusqu'à hier. La cour d'appel de Douai a en effet condamné, au civil - puisque l'action pénale est forclose - Mme Ovigneur pour diffamation et la contraint à verser un franc de dommages et intérêts à chacun des dix dirigeants. L'avocat de ces derniers, Me Berton, s'est réjoui hier de ce que « la loi ait fini par triompher : on ne peut plus raconter n'importe quoi ! ».
 

« Je continue mon combat »

Cette décision est la bienvenue pour les Témoins, qui mènent actuellement plusieurs procès en France. L'un de leurs responsables nationaux, joint au téléphone, estime que « cette décision va contribuer à assainir le climat ».

Mme Ovigneur, de son côté, nous a confié hier soir son « étonnement ». « J'ai écrit énormément de choses, des livres même et je n'ai pas été poursuivie. Alors je me demande si dans ce pays nous avons encore la liberté de nous exprimer oralement. Mais les victimes sont toujours là, et je continue mon combat, avec l'objectif d'être le porte-parole des opprimés », nous a-t-elle encore déclaré.

A. SAIFI


(La Voix du Nord, jeudi 16 janvier 1997)